Propos tirés du Petit journal, publié le 25/05/2020 à 18:00 sur le site lepetitjournal.com

Suite à l’annonce du plan de soutien au réseau d’enseignement français à l’étranger, le directeur de l’AEFE, Olivier BROCHET, revient avec nous dans cette interview exclusive sur la situation des lycées français du monde ainsi que les aides accordées aux établissements et aux familles. 

Nous avions évoqué ensemble  il y a quelques semaines la situation des établissements français à l’étranger et notamment la question de la continuité pédagogique. Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui ?

Olivier BROCHET : Les chefs d’établissement et les équipes pédagogiques se sont mobilisés partout dans le réseau pour relever le défi de l’enseignement à distance, né de la fermeture physique des établissements,  et permettre aux élèves de poursuivre malgré tout leur scolarité. Je veux les en remercier et les féliciter. Je veux aussi remercier tous les parents, qui se sont mobilisés derrière leurs enfants pour les aider dans cet apprentissage. Je sais que c’est difficile pour eux dans le cadre du confinement. Nous avons tous pu constater, si besoin en était,  à quel point la relation directe entre les enseignants et leurs élèves, dans la classe, était aussi précieuse qu’indispensable.

Face à cette situation inédite, l’AEFE a fait de l’aide à la mise en œuvre et à l’amélioration permanente de l’enseignement à distance sa priorité afin que tous les établissements du réseau, quel que soit leur statut, quelle que soit leur taille, puisse établir et développer un dispositif de continuité pédagogique solide, cohérent, qui tienne dans la longue durée.

Les équipes d’inspection et des enseignants formateurs ont mené depuis février plus de 45.000 actions de formation et d’accompagnement. Nous constatons aujourd’hui les bons résultats globaux en termes pédagogiques, avec un bémol concernant la maternelle compte tenu de l’âge des enfants, malgré le travail extraordinaire accompli par les enseignants.

Mais cette période est aussi particulièrement dure pour les familles, touchées pour un grand nombre dans leurs revenus, toutes inquiètes pour leur avenir. Et par voie de conséquence, c’est une période de grande incertitude voire d’inquiétude pour tous les gestionnaires d’établissements scolaires à l’étranger.

Face à ces problématiques, l’AEFE travaille depuis des semaines aux côtés du ministère de l’Europe et des affaires étrangères à élaborer la réponse publique globale à cette crise majeure. Je comprends que les parents d’élèves aient  pu avoir le sentiment que nous tardions à apporter des réponses précises aux nombreuses problématiques soulevées. Mais nous avons veillé, dans les établissements en gestion directe de l’agence comme dans les établissements conventionnés ou partenaires, à ne mettre durant cette période aucune famille en difficulté. Les droits de scolarité ont été maintenus car sinon c’est la pérennité des établissements qui serait menacée. Mais la situation des familles a été prise en compte partout  et, dans l’attente de solutions adaptées et finançables pour tous les établissements, toutes celles qui rencontraient des difficultés se sont vu proposer des échéanciers et des reports.

Aujourd’hui, grâce au soutien accordé par l’Etat, conformément aux annonces faites par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Le Drian, nous pouvons passer à une nouvelle phase : celle du soutien direct à toutes les familles en difficulté, du soutien à tous les établissements et de la préparation de la rentrée 2020.

Dans la tempête, le réseau de l’enseignement français à l’étranger est soutenu par l’Etat.

Comment les annonces du 30 avril se concrétisent-elles ?

Le ministre M. LE DRIAN, avec le Secrétaire d’Etat, M. LEMOYNE et avec le ministre de l’action et des comptes publics, M. DARMANIN, a effectivement annoncé le 30 avril le financement à hauteur de 150 millions d’euros d’un plan de soutien exceptionnel au réseau de l’enseignement  français à l’étranger. C’est non seulement considérable ; c’est aussi unique. Pas un réseau d’écoles internationales ne bénéficie d’un soutien public de cette nature et je crois qu’il faut le souligner avec force. La solidarité nationale s’exprime aujourd’hui, sans distinction de nationalité,  pour soutenir les familles qui font confiance à l’enseignement français. Dans la tempête, le réseau de l’enseignement français à l’étranger est soutenu par l’Etat qui a demandé à son opérateur public, l’AEFE  de venir en aide à tous les établissements, quel que soit leur statut.

Vis-à-vis des familles françaises en difficulté, l’enveloppe des bourses est accrue de 50 millions d’euros ce qui permet de les aider dès ce trimestre et pour la prochaine année scolaire. Une avance de 100 millions d’euros sera accordée par ailleurs à l’AEFE par l’agence France Trésor avec laquelle les discussions sont engagées. Ceci doit permettre à l’AEFE de soutenir en trésorerie rapidement tous les établissements dans cette période particulièrement difficile, ce qui pourra leur permettre notamment de venir en aide aux familles étrangères en difficulté et de préparer la prochaine rentrée.

Comment cela va-t-il se traduire pour les familles des élèves scolarisés dans les lycées français à l’étranger ?

Les familles françaises en difficulté ont été informées depuis la fin avril de la possibilité de demander une bourse, y compris pour ce trimestre en cours si leurs revenus ont connu une dégradation importante en 2020. Elles peuvent également en demander une pour l’année scolaire 2020-2021, sur la base de critères qui ont été exceptionnellement modifiés et qui intègrent la prise en compte de leur situation en 2020. Dans les deux cas, les familles qui ne l’auraient pas fait doivent prendre contact très rapidement avec le service consulaire et/ou l’établissement pour que les dossiers puissent être pris en compte avant la fin du mois. Les services de l’Agence et les services consulaires travaillent de concert pour instruire rapidement les demandes de recours gracieux.

Pour les élèves étrangers, dans les EGD et les établissements conventionnés, les familles doivent contacter le chef d’établissement qui va examiner comment les aider au-delà des délais de paiement déjà accordés. L’AEFE sera à leurs côtés.

Nous sommes dans la mobilisation d’instruments d’urgence.

Comment allez-vous aider les établissements en difficulté ?

L’Agence travaille dans le cadre qui lui a été fixé, celui d’une avance de trésorerie, avec les instruments juridiques à sa disposition.  Les réponses à cette crise complexe se mettent en place et pour le moment, nous sommes dans la mobilisation d’instruments d’urgence. Tout le monde aura bien perçu, notamment dans les dernières déclarations du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, la détermination de l’Etat à soutenir le réseau en prenant en compte les difficultés des familles.

Le conseil d’administration de l’AEFE examine en ce moment les modalités de soutien aux établissements. Pendant ce temps, en lien avec les postes diplomatiques, nous poursuivons notre analyse des besoins de chaque établissement pour être très vite en mesure de les aider. 

A ce jour, plus de 80 établissements sur 522 ont rouvert.

Actuellement certains établissements à l’étranger ont entamé un processus de réouverture partielle ou totale ? Pouvez-vous nous expliquer comment se passent ces réouvertures ?

De la même façon que nous avons soutenu les établissements dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique, nous sommes aujourd’hui pleinement mobilisés avec les ambassades de France dans l’accompagnement de la réouverture des établissements quand les autorités locales l’autorisent. Avec deux priorités : la sécurité des élèves et des équipes ; la qualité de l’accompagnement du retour à une vie scolaire normale. Des protocoles stricts permettant une réouverture en toute sécurité pour les élèves et les personnels ont été élaborés. A ce jour, plus de 80 établissements sur 522 ont rouvert et je suis très heureux de constater que ça se passe bien partout.

Les diplômes seront bien décernés cette année.

Concernant la scolarité, comment vont se dérouler les examens ? Quelles adaptations sont prévues pour les lycées français à l’étranger ?

Depuis de nombreuses semaines le service pédagogique de l’AEFE dialogue de manière quasi permanente avec les services centraux du ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse (MENJ) et avec les académies partenaires, en charge des examens. Le MENJ a été très attentif aux particularités de l’enseignement français à l’étranger. Le cadre général est celui du contrôle continu. Mais il fallait aussi prendre en compte les spécificités des différentes zones. Les calendriers et les modalités sont adaptés à notre initiative, pour bien prendre en compte les problématiques de zone, dans un dialogue confiant et de grande qualité avec les académies partenaires. J’invite les familles qui se poseraient encore des questions à s’adresser à leur établissement. Les diplômes seront bien décernés cette année, en ayant pleinement à l’esprit le calendrier universitaire international. Et je suis certain que nos élèves vont encore briller. 

Je veux les assurer tous de la mobilisation totale de l’Agence.

Avez-vous un dernier message à faire passer ?

Depuis le début de cette crise, la mobilisation de tous les acteurs du réseau est exemplaire. Plus que jamais, avec tous mes collègues que je remercie, je reste très attentif à la situation de chaque établissement, de tous les élèves et de leurs familles, et bien entendu des équipes qui font un travail extraordinaire. Je veux les assurer tous de la mobilisation totale de l’Agence, à leurs côtés, dans un dialogue de qualité avec chacune et chacun, pour que nous surmontions tous ensemble cette crise avec deux préoccupations majeures à l’esprit : la sécurité de tous et la réussite des élèves.

Propos recueillis par Damien Bouhours

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